Petit guide à l'usage du motard amphibie

Démarré par Sy, Mar 9/09/2008 à 08:42

Sy

Alors, de suite, je le dis, c´est pas de moi, mais c´est tellement bon :++:  :++:
 
 
Nombre de jeunes gens pourvus de motocyclettes hésitent encore trop souvent
à franchir le cap initiatique de l'adoubement aqueux. Face à cet attristant
constat, nous nous devions d'intervenir afin que les sensations uniques et
les souvenirs impérissables que le pilotage sous la pluie offre soient
désormais connus de tous. Frères secs que la porosité intimide, n'ayez pas
peur, ce modeste ouvrage est là pour calmer toutes vos angoisses. Certes il
existera toujours des esprits chagrins qui vous opposerons un discours
aussi serré que : « La pluie c'est nul, pas glop, hyper bad, méga naze,
etc. ». Ce genre d'argutie mérite évidemment d'être nuancé : ne dit-on pas
« Mariage pluvieux, mariage heureux. » ? (D'ailleurs la pratique de la moto
n'est-elle pas une sorte de mariage centaurien où le motard épouse la
machine ?) Ce dicton issu de l'ancestrale sagesse populaire ne peut
assurément être réfuté en bloc. Comme dirait ma tante Suzette (qui, pour
son malheur, déteste les crêpes) : « Y a du bon et du mauvais partout ». La
pluie ne provoque ni insolation, ni fâcheux coup de soleil ; la pluie
permet une hydratation bienvenue, rafraîchissante et réparatrice. Allez
donc demander au Touareg ce qu'il préfère du soleil ou de la pluie...
 
 
Ce petit préambule effectué, procédons méthodiquement à l'examen de
situations concrètes.
 
 
Situation 1 : Il est Lundi, 6h00, le réveil est difficile. Méditatif ou
bouffi de sommeil, tu regardes d'un air vide ta tasse à café pleine en
écoutant la météo annoncer un temps incertain sur ta région. Une fois
douché et habillé, tu scrutes le ciel : effectivement y a pas plus
incertain...
 
 
C'est à ce moment là que survient la grande hésitation, l'essentiel pari du
motard : Pluie or not pluie ? La frime peut en prendre un coup dans les
deux cas : si t'arrives trempé dans ton jean et p'tit blouson certifié kéké
ou si t'arrives sec dans ta combi pluie bibendumienne. Rien de pire que le
temps incertain un matin de boulot.
 
 
Et puis tu songes à la nouvelle secrétaire dans sa jupette affolante et tu
n'hésites plus un instant : Kéké powaaaaaaaaa !!! Kéké mais pas trop tout
de même. Attention, il ne faut pas que la frime soit ostensible. Du feutré,
du subtil. Tu optes pour un cuir noir, sobre et de bon ton, jean, petites
baskets en daim... la grande classe en douceur. Tu es tout de même embêté
avec ton casque Rossi total fluo « made in aérographe dans le garage ». Et
puis, à la rigueur, tu te dis que ça passera soit pour de l'excentrisme
amusant, soit pour une brise de jeunesse encore palpitante sous ce torse
d'homme expérimenté... bref, que du bon.
 
 
Lorsque, tout fier de toi, tu enfourches ta moto, le temps est passé du
stade « franchement incertain » au stade « hyper menaçant ». Tu le sais, tu
le vois, mais tu te dis que ça devrait passer. Dans une demi-heure tu
pourras épater ta jolie collègue devant la machine à café. Tu roules depuis
dix minutes quand les premières gouttes viennent s'écraser sur ta visière.
Avant d'avoir pu pousser un soupir, la pluie, s'abat sur toi tel un
conseiller municipal sur un plateau de petits fours. Clignotant. Béquillage
en catastrophe sur un morceau de bas côté. Tu as toujours un vieux pantalon
de pluie sous ta selle. Tes cuisses et tes genoux sont déjà trempés mais tu
peux encore sauver tes chaussettes et ton caleçon. Comme toujours dans ces
moments là, ta clé tombe deux fois par terre ou ripe sur la serrure en te
faisant un beau sillon dans la peinture. Tu parviens enfin à ouvrir ta
selle, tu attrapes le pantalon de pluie et tentes de l'enfiler. Ton pied
droit se coince à la sortie de la jambe et tu te mets à sautiller pour
tenter de conserver ton équilibre tout en forçant le passage à grands coups
de talon rageurs. Enfin, l'élastique craque et ta chaussure retrouve le
plancher des vaches (normandes ou vosgiennes... voire écossaises). Durant cet
exercice périlleux différents phénomènes se sont produits :
 
 
1- Tu as sué à fond, ce qui fait que tu te retrouves trempé à l'extérieur
comme à l'intérieur. Tu te consoles néanmoins en te disant qu'au moins, à
l'intérieur, c'est mouillé chaud.
 
 
2- Tu as senti les rires des automobilistes (et du motard qui n'a même pas
ralenti, merci à lui) qui t'ont dépassé. Il te semble même que l'un d'eux
t'as crié : « On t'avait dit que le temps serait incertain ! ». Tu pries
d'ailleurs très fort pour que ta jeune collègue n'ait pas été parmi eux. Si
c'est le cas tu pries encore plus fort pour qu'elle ne t'aie pas reconnu.
(Mais, visiblement, les dieux sont contre toi aujourd'hui.)
 
 
3- Tu t'étais arrêté juste devant une flaque en formation et chaque voiture
t'a balancé une belle éclaboussure. Ce qui fait que tu te retrouves trempé
d'une jambe et à moitié humide de l'autre. Ton caleçon et tes chaussettes
baignent, côté droit, dans le moite, et, côté gauche, dans le glacé.
 
 
4- La béquille de ta bécane s'est petit à petit enfoncée dans la terre
devenant de plus en plus molle sous l'effet de la pluie... avant de
s'effondrer dans la boue. Tu la ramasses comme tu peux et en profites pour
te faire un beau tour de rein et un maculage en règle du blouson.
 
 
Tu commences à sacrément le regretter ton petit coup de frime. Mais, encore
optimiste, tu te dis que, passant la journée derrière un bureau, cela ne se
verra pas trop. Tu enfiles la jambe gauche qui traînait dans la boue et tu
remontes sur ta bécane. Néanmoins tu te rends aussitôt compte d'un autre
phénomène inhérent au port du pantalon de pluie. Alors que, lorsque tu te
tiens debout, ton pantalon de pluie te couvre de dessus la ceinture aux
chevilles, dés que tu commences à t'asseoir, il descend en haut et remonte
en bas. Ce qui fait que tu te retrouves avec une couverture imperméable
allant en réalité de la zone sub ceinturiale jusqu'au dessus du mollet avec
un gros tire bouchonnage au niveau du genou. De plus l'élastique de la
cheville droite étant pété, celle-ci ne connaît pas le problème de sa
congénère de gauche : l'élastique du pantalon de pluie, en remontant, a
embarqué avec lui le bas du jean, dévoilant ainsi le dessus du mollet et la
partie haute de ta chaussette : la grande classe !
 
 
Tu redémarres en maugréant (comme t'es du genre patient, tu n'as pas encore
atteint le stade où tu hurles sous ton casque tous les jurons que tu
connais). Pendant cinq minutes tu te livres à une vaine gymnastique : tu
tentes de faire redescendre le tire bouchonnage de ton genou gauche afin de
couvrir ton mollet qui commence à virer au bleu. Tu finis par renoncer pour
différentes raisons :
 
 
1- Cela fait trois fois que tu manques de te vautrer dans un virage à
droite.
2- Les automobilistes, derrière toi, sont morts de rire.
3- Tu entends un bruit inquiétant à droite, une sorte de FLAPFLAPFLAPFLAP
conjugué à une sensation glacée. La déchirure de l'élastique de la cheville
droite s'est propagée tout le long du mollet. Tu es aussi trempé à bâbord
qu'à tribord (si tu es un maniaque de la symétrie, te voilà rassuré). Tu
remercies néanmoins les dieux (c'est bien, t'es pas rancunier) d'avoir
placé ta chaîne de l'autre côté : avec le pot que tu te trimballes
aujourd'hui, un bout de pantalon se serait certainement coincé dedans.
 
 
4- Tu commences à ressentir une morsure froide au niveau de l'abdomen : La
pluie qui glisse le long du réservoir, mue par la poussée aérodynamique,
vient finir sa course sur ton ventre, juste dans l'espace entre ton blouson
et ton pantalon de pluie. C'est-à-dire la zone allant de la braguette au
bas nombril... Toujours la grande classe ! Là tu regrettes sincèrement
l'impasse sur l'option bulle haute.
 
 
Les sept dernières minutes confinent au tragique. Tu as rarement vécu un
trajet aussi pénible (à part ce fameux printemps où tu t'es pris la grêle
alors que tu roulais en T-shirt ; il y aussi eu le coup de la
gastroentérite...) Le ciel se dégage enfin (il se donne sans doute le temps
de recharger pour ton voyage retour) et les nuages sont chassés par un
violent vent réfrigérant qui te plaque les vêtements sur la peau. Toi qui
comptais (un peu illusoirement) sur ta chaleur corporelle pour conserver
une moiteur à peu près supportable... Là tu te lâches franchement et tu
hurles tout ce que tu peux sous ton casque en te promettant, à l'avenir,
d'être solidaire des hommes et des femmes subissant le même sort que toi,
les marins pêcheurs de la mer de Béring ou les gardes côtes des îles Féroé
par exemple.
 
 
Total des courses quand tu arrives enfin au boulot : Tu n'es sec que sur une bande latérale couvrant le sternum.
- Tu as un mollet cryogénisé.
- Ton jean est aussi rigide et froid qu'un huissier en cours de saisie.
- Tu boîtes méchamment.
- Tu es gelé comme rarement tu l'as été.
- Ta moto n'a jamais aussi bien porté son surnom de «tas de boue »
qu'aujourd'hui.
Quand tu te diriges vers la machine à café tu as l'air d'un cow-boy blessé,
égaré sur les rives de la Baltique. En plus ton cuir pèse une tonne, tes
gants ont déteint (mais les mains bleues te vont bien), ton portefeuille
n'est plus qu'un vieille serpillière délavée (d'ailleurs ton billet de 50€
et ton permis sont foutus) et l'intérieur de ton casque n'est plus qu'une
éponge froide qu'il te faudra réenfiler ce soir.
 
 
Evidemment tu te planques au fond de ton bureau pour ne surtout pas croiser
ta jeune collègue, tu commandes une pizza pour ne pas te rendre à la
cantine et tu consacres tes pauses toilette à passer tes sous-vêtements
sous le sèche-mains automatique (qui, par chance, fonctionne).
 
 
Comme le dit ce vieux proverbe asiatique (ou scandinave, je ne sais plus) «
A trop négliger les avertissements des cieux et des bulletins météo, on se
retrouve vite dans la peau d'un cormoran arthritique. »
 

Situation 2 : Il est Lundi, 6h00, le réveil est difficile. Méditatif ou
bouffi de sommeil, tu regardes d'un air vide ta tasse à café pleine en
écoutant la météo annoncer un temps incertain sur ta région. Une fois
douché et habillé, tu scrutes le ciel : effectivement y a pas plus
incertain...
 

C'est à ce moment là que survient la grande hésitation, l'essentiel pari du
motard : Pluie or not pluie ? La frime peut en prendre un coup dans les
deux cas : si t'arrives trempé dans ton jean et p'tit blouson certifié kéké
ou si t'arrives sec dans ta combi pluie bibendumienne. Rien de pire que le
temps incertain un matin de boulot.
 
 
Et puis tu songes à la nouvelle secrétaire dans sa jupette affolante et tu
n'hésites plus un instant : Prudence, prudence : combi pluie intégrale.
Mieux vaut la jouer sérieux, le gars qui sera toujours un phare pour les
secrétaires en détresse. Tu vas jouer à fond la carte de la maturité ou,
plutôt, du baroudeur revenu de tout en mal d'amour sérieux. Sous la combi
intégrale tu portes un jean noir de bonne coupe, une chemise italienne et
petit veston « souris-taupe ». Tu jubiles, ça ne s'annonce pas mal. Et s'il
ne pleut pas tu pourras toujours enlever ta combi discrètement sur le
parking et la plier dans le top-case.
 

Lorsque, tout fier de toi, tu enfourches ta moto, le temps est passé du
stade « franchement incertain » au stade « hyper menaçant ». Décidément tu
ne regrettes pas ton choix. Au bout de dix minutes la pluie commence à
tomber et passe immédiatement au stade « tempête ». Tu enroules
tranquillement, dépassant en souplesse. Pas question de se planter
aujourd'hui. «Prudence, prudence. » est ta devise du jour.

 
Tout à coup, sur le bord de la route il te semble distinguer (entre la
pluie et la buée sur la visière tu n'en es pas sûr) une chose étrange : un
motard (apparemment) est un train de danser frénétiquement sur une jambe
autour de sa monture... Crampes ? Folie ? Nerfs ? Un adepte des traditions
sioux peut-être? Domptage de monture ou danse de la pluie ? Dans le
deuxième cas c'est gagné.

 
Quand tu arrives au boulot l'orage s'est apaisé et tu peux sans rougir
ranger ta combi pluie dans le top-case. Tu retrouves la jeune secrétaire
devant un gobelet de café et tu commences, avec une modestie très finement
jouée, le récit de tes aventures. Tu renchéris à la cantine (la paella
t'inspire visiblement) et finis par obtenir un rencard pour le week-end en
lui promettant une balade sur ta bécane d'aventurier.


Moralité : En amour comme en moto, pour que tout se déroule sans accroc,
mieux vaut sortir couvert!!!
Me serre pas d´trop pret.... ^^

bigburn

 :++: il m'a toujours fait marrer ce texte tellement il est vrai  :lol: :lol: :lol: :lol: :lol: :++:

COUCOU



dadarere

 :lol: :lol: EXCELENT et tellement vrai, je parle de la 1er version :?





 j'ai un souvenir de trajet pour ma 1er BOD :cry: .........humide  

Fanou