Sur le sujet, je vous transmets ce formidable Edito :
L'ÉDITO (CLICANOO.COM)
Reverzy, au secours, ils sont devenus fous
Couiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiic, fait le caméléon à l'agonie, en clapotant, les pattes en l'air, sec comme un coup de trique, occis par le "sulfatage" de "nike mostique" comme on dit à Sarcelles ki nikmêm les "poulets" vu que, jeudi, six flicards du commissariat de police ont été intoxiqués par du produit qui venait d'être balancé, à trop forte dose disent-ils, dans la cour de la sous-préfecture de Saint-Pierre qu'ils gardaient, de peur sans doute que des manifestants préalablement gazés aillent pique-niquer sur la pelouse du sous-préfet.
[11 février 2006]
Bzzzzzzzzzzzzz, comme zizanie, bourdonne en pétant de rire ce makro de mosquito Aedes "un petit peu mortel", parce qu'un an après son arrivée dans le département, malgré les commandos de démoustiqueurs qui ratissent large, il continue de nous sucer le sang et de trimballer sa gougoutte infectée sur fond de fortes fièvres et de douleurs intenses dans un rayon de 100 mètres, de Grondin à Payet passant par Hoarau sans oublier les culs blancs des Dupont, lesquels se font de plus en plus rares chez nous, si l'on en croit le comité du tourisme qui se dit fortement sinistré ; ce qui n'est pas faux puisque avant le mosquito makro il y avait eu le célèbre coup de pub de nos jeunes clébards appâtés pour le requin, cloutés par des salopards sur une planche de bois, et bien avant ça une bande de ouistitis incompétents à la tête de cette honorable maison, histoire de gérer ou de gaspiller, c'est selon, des millions d'euros de subventions.
Et à part ça ? On marche sur la tête, sur le pont de la Réunion soudainement devenue bateau fou, d'où le cri de désespoir que je pousse en ouverture de bal, en direction de Reverzy, notre docteur maboul : au secours, ils sont devenus fous ! Faute à qui ? A une bande de professeurs Nimbus en blouse blanche, fortement appointés d'ailleurs, au moins 12 000 euros le mois sans les petits à côtés, bicoque et bagnole pour ce qui est du sieur Perrin, patron de l'ARH, tous sous contrôles, façon de parler bien sûr, du ministère de la Santé... lesquels Nimbus, passant outre les consignes du préfet, ont pris le pouvoir depuis le début de la crise et nous foutent le merdier, la pétoche de conférence de presse en interview, de mensonges en contre-vérités, de bidouillages en fuites plus ou moins organisées, histoire de masquer la vérité. Ce qui n'exclut bien évidemment pas la lourde responsabilité historique du conseil général, des élus et de l'Etat, parce qu'à force de ne rien faire d'autre que blablater depuis vingt ans au moins, de souffler sur les larves et de se renvoyer la patate chaude, ils ont laissé ce makro d'Aedes et le virus du CHIK s'installer dans le département et pondre peinard des millions de petites femelles moustiques que nous conserverons nous dit-on sur le poil, à portée de gras du bide, et celui de nos enfants et petits-enfants, des années et peut-être même plus que ça...
Mais revenons aux foldingues de la petite bête, aux sodomites du moustique, à ne pas confondre avec les enculeurs de mouche, qui ont passé ces derniers temps à nous foutre la trouille. Didier Houssin, directeur général de la santé, pour qui "c'est un petit peu mortel" un jour et plus du tout le lendemain ; le docteur Perrin, patron de l'ARH : "le chigunkunya est mortel mais vous allez affoler la population", puis, "c'est une certitude, le chingunkunya n'est pas mortel", dira-t-il le même jour, trois secondes après avoir déclaré le contraire, le professeur Brücker aussi, le premier à avoir révélé... le 30 janvier, loin de chez nous, à nos confrères du Parisien, le décès plus que suspect d'un enfant de 10 ans infecté par le virus, mort à Sainte-Suzanne le... 13 janvier.
Ce qui revient à dire que le CHIK n'est pas mortel sauf que ceux qui en sont morts, une bonne trentaine aujourd'hui, ne sont pas morts du CHIK, mais sont morts indirectement, en s'arrêtant de respirer ; infectés par le CHIK, ils souffraient d'autres choses, il y en a même qui étaient vieux ! Dans ces conditions, selon nos toubibs, on ne peut pas dire qu'ils sont morts du CHIK sauf qu'on ne le pense pas, même si certains médecins, généralistes notamment, pensent le contraire mais n'ont pas intérêt à le dire sinon ils pourraient se faire remonter les bretelles... Comme l'ont été celles des médecins hospitaliers du CHD de Saint-Pierre qui, dès mars 2005, sonnaient le tocsin. Du coup, on peut se demander ce que pense le conseil de l'ordre de ce joyeux merdier, de cette cacophonie médicale et surtout à quoi sert ce vieux machin tellement il est silencieux même quand le préfet est contraint de réquisitionner des toubibs qui, au plus fort de la crise, refusent de prendre leurs tours de garde.
Et à part ça ? On ne sait toujours pas, un an après la première piqûre, si le CHIK est mortel, un peu, beaucoup, passionnément, directement, indirectement, sauf ceux qui en sont morts, bien évidemment. On sait seulement que les femmes enceintes, les nouveau-nés, les personnes âgées, les personnes handicapées, les asthmatiques, les cardiaques, les mal foutus, les bileux, ce qui fait tout de même pas mal de monde, ont intérêt à ne pas l'attraper. Quand aux autres, les bien portants qui en sont morts, eh bien ma foi c'est pas de chance mais en absence d'autopsie on peut rien dire du tout et c'est tant mieux. Pour les autres, à vos serpentins. Nous voilà rassurés.
Et à part ça ? Eh bien, "on nous intoxique et nos gosses avec et la faune et la flore... ", dit Alain Bénard, suivi de près par la commune du Tampon, d'un peu plus loin par les maires de droite, d'un peu plus près semble-t-il par le conseil général qui dit suivre ses médecins du travail sous le prétexte qu'un "insecticide est un toxique" et d'une partie non négligeable de la population qui voit d'un œil noir les militaires démoustiqueurs assistés des gendarmes les contraindre à se faire sulfater leur cour. Mais non, tout ça c'est des conneries lui rétorque, c'est dit autrement je vous rassure, le préfet, plutôt droit dans ses bottes de démoustiqueur forcené pour le bien du peuple, et la lutte finale contre le mosquito makro vu que "le Fénitrothion, surtout celui-là, est modérément toxique". Ce que dit aussi la nouvelle directrice de la Drass - bienvenue chez nous - qui répond à Bénard que "c'est seulement à forte dose que des effets pourraient être observés sur la faune", ce que confirme le spécialiste de la chose, un grand ponte de l'institut médical du service de santé des armées arrivé depuis mercredi dans le département : "Aucun produit chimique n'est inoffensif, mais l'impact sur le grand public est négligeable". Ouf ! En conclusion, sachant que le nuage de Tchernobyl s'est arrêté juste avant la frontière française et qu'avec un rouleau d'amiante on pouvait dans les années 1960 se faire des couvertures, des oreillers et des descentes de lit, vous me permettrez d'être un tantinet circonspect sur l'absence de nocivité des insecticides utilisés... D'autant que la tenue réglementaire pour sulfater ces produits tendrait à prouver qu'ils doivent non seulement piquer les yeux mais flinguer autre chose que ces cons de moustiques. Cela dit, on veut bien croire le préfet assisté de ses blouses brothers quand il nous dit "qu'il est plus dangereux d'arrêter de démoustiquer".
Et à part ça ? Eh bien, des renforts arrivent tous les jours, 300 bidasses de plus venant de métropole, ce qui m'étonne tout de même un peu que l'on soit obligé d'importer du démoustiqueur sur pattes, vu qu'avec tous les gratteurs de cul qui bullent dans le département, planqués dans les mairies, à l'ombre d'un manguier, sans compter les précaires en dépit de leur plein gré, emplois verts et autres CES, CEA, CIA, sans compter la légion des "payés à ne rien foutre", on aurait peut-être pu former cette force vive de la nation partant du principe qu'il ne faut pas sept mois de stage ni avoir fait médecine pour être breveté démoustiqueur option sulfateur chef. Est arrivé aussi un ponte médecin épidémiologiste - bienvenue - et puis un autre préfet, un tout frais retraité celui-là, un préfet en second si vous préférez, lequel va tenter d'épauler le premier à sortir de la crise, notamment de confiance, qui oppose l'Etat à la population. Bon courage... Et puis, on a aperçu dans les couloirs de la préfecture un grand échalas, un pompier, lieutenant colonel, un Réunionnais venant de Paris, spécialisé dans la communication, que l'on voit souvent blablater dans le poste lorsque ses petits camarades pompiers de la sécurité civile sont appelés sur les lieux de catastrophes. Eric Souprayenmestry, lequel dit s'appeler Soupra - on se demande bien pourquoi -, en vacances dans le département, est venu aider bénévolement le préfet à communiquer... Sachant qu'il est le frère de Pascal Souprayenmestry, journaliste à RFO, on se dit que ça peut pas être pire. Cela dit, on comprend que le grand frère bidouille son nom des fois qu'on pourrait le confondre avec le petit...
Et à part ça ? Il y a les politiques qui n'en peuvent plus de nous étonner. Cette semaine, la palme revient sans contexte à la gauche, et sans trop se forcer à Gilbert Annette, premier secrétaire général du PS, qui s'est fendu d'une bafouille à Villepin, Premier ministre, dans lequel l'ex de Saint-Denis demande d'une part que les Réunionnais se fassent badigeonner les poils des pattes à l'œil et par l'Etat, de l'autre que dans le cadre d'une opération "le virus ne passera pas par moi" chaque Réunionnais devra s'agrafer un badge sur le paletot, "Non au CHIK". Je dois vous avouer qu'à ce moment-là, à la lecture de ce morceau particulièrement choisi, les bras m'en sont tombés. J'ai immédiatement ressenti comme de la compassion pour Dominique de Villepin, destinataire de ce machin. Ce n'est que par la suite qu'une idée m'est venue. Et si, tout le temps de la crise, on se tatouait sur le front cette devise : "Mort aux cons" ? On ne réglerait peut-être pas directement le problème de nos moustiques mais indirectement cela pourrait éclaircir les rangs, libérant du même coup des paquets de serpentins antimoustiques introuvables ces jours ci.
Et à part ça ? Il y a les chiffres qui varient, qui montent et qui descendent selon qu'ils émanent de la préfecture et de Paris, de la Réunion d'en haut, de celle d'en bas, de la chambre de commerce, de la Région ou du Medef... Dix mois de congés, c'est ce que vient de se prendre le directeur de l'hôpital de Saint-Pierre, Jean-Louis Romanens, en poste dans le Sud depuis 1998, qui quitte définitivement la direction de l'hôpital au beau milieu du merdier épidémique. Etonnant. 20 000 cas par semaine de chigunkunyés, 70 000 à ce jour selon la police, 200 000 personnes au tapis selon certains médecins généralistes ; et puis il y a le Médef qui ne croit pas à l'ampleur de cette crise, à l'exception toutefois du secteur tourisme, frappé de plein fouet, le Medef qui penche plutôt en faveur d'un gigantesque bidouillage des chiffres, d'une politisation de la crise, des arrêts de travail pour épidémie de gratteurs de cul... que d'une violente épidémiologie qui frapperait la Réunion de plein fouet, et le monde du travail aux pattes. Puis, il y a Air France qui avoue avoir perdu 1 % seulement de réservations... Et les touristes, ils devaient venir à la nage ? Une chose est certaine, le jour de la distribution des subventions, ils seront tous là, d'en haut, comme d'en bas...
Et l'on va se quitter avec l'affaire d'Outreau et le petit juge Fabrice Burgaud qui aurait du être entouré ce jour-là des 64 magistrats qui l'ont aidé à instruire pendant plus d'un an ce dramatique dossier. Autant vous le dire de suite, ce n'est pas le petit juge, plutôt courageux d'avoir accepté de venir dans ces conditions, devant les caméras, qui m'a choqué, ce sont ses juges, façon tricoteuses de 1789, les politiques, les parlementaires, ceux qui font les lois, Elisabeth Guigou, ancien ministre de la Justice, maquillée comme un moka, refaite comme une aile de 403, faussement ingénue, puis deux ou trois autres députés dont le rapporteur de la commission d'enquête et puis Georges Fenech, ancien juge d'instruction, mis en examen en 1997... Affligeant de les voir, faux-culs professionnels, certains d'entre eux avocats, qui semblaient découvrir la solitude du juge d'instruction, le premier poste, la prison, la détention provisoire, le parloir, la garde à vue, les flics, les gendarmes, les écoutes de parloir... J'ai trouvé ce cirque médiatique dégueulasse et assez cruel, façon procès Mac Carthy, et une certaine ressemblance dans le pathétique, juste avant le peloton d'exécution, avec Ceausescu, parfois hagard... Comment la République a-t-elle pu accepter de laisser à ce point piétiner l'institution judiciaire ; qu'un juge, accusé depuis plus d'un mois, bourré de médicaments, de calmants, qui tenait à peine debout, soit cloué au pilori, otage, en direct sur toutes les chaînes du pays, d'autant qu'il existe au sein de la magistrature une commission de discipline faite pour ça, prévue pour ça. D'autant plus dégueulasse qu'on avait tendance a oublier tout de même que dans cette triste affaire de pédophiles quatre ou cinq enfants ont été pendant des années violés, sodomisés, humiliés, vendus... et que quatre adultes ont été condamnés et qu'en visionnant sans cesse ces images, en entendant les cris de ces enfants il ne serait pas illégitime de péter les plombs. D'autant plus dégueulasse que la presse qui cogne aujourd'hui le petit juge s'est particulièrement distinguée dans cette affaire comme on sait parfois le faire et que le juge, avant de passer au trapèze des parlementaires, venait d'être contraint de respecter son devoir de réserve et le secret de l'instruction par l'inspection générale des services et le Conseil supérieur de la magistrature, sans quoi... D'autant plus dégueulasse que l'on sait bien, que l'on sait tous, que derrière cette mascarade faussement démocratique, sournoisement organisée, les jeux sont faits à la main des politiques qui vont s'en donner à cœur joie, rogner les ailes de la justice, en supprimant dans certains cas la détention provisoire, en cadenassant le juge d'instruction.... Voilà pourquoi mesdames messieurs faut vous attendre un de ces quatre à ne voir croupir dans les taules que les pauvres, les Noirs aussi...
Cela dit, ce n'est pas une raison pour que je passe dans la colonne profits et pertes les revanchards corporatistes qui me condamnent régulièrement histoire de tenter de me la boucler. Ce ne sont pas des petits juges, sortis de l'école, mais de vieux briscards, favorablement connus du landernau et des soirées dansantes de Tananarive... qui m'escagassent. Aussi, à la lecture du discours de rentrée solennelle du procureur général de la cour d'appel de Saint Denis, j'ai relevé ceci : " Le magistrat doit être un sage, un savant, un travailleur infatigable doté d'une solidité et d'un équilibre psychologique à toute épreuve, bref un saint laïc... Sa tâche relève souvent de la quadrature du cercle". Sauf que parmi les magistrats qui entourent le procureur général, dont certains sont si vieux dans le département qu'on se demande parfois s'ils n'ont pas connu La Buse, les épidémies de grippe espagnole, de variole, de peste et de choléra, je n'en connais aucun, mais alors pas un, qui corresponde de près ou de loin à ce profil de poste. Et cela, voyez-vous, c'est bien plus inquiétant pour l'institution judiciaire qu'un petit juge d'instruction à qui on ne reproche à ma connaissance aucune erreur de droit, mais d'avoir manqué d'humanité et d'humilité.